La direction de la scolarité vient d’accepter de financer la moitié du prix d’un Bilan Carbone à Sciences Po (2000 euros), l’autre moitié étant offerte par l’ADEME. Le prix n’aurait pas pu être si bas ni la décision si favorable sans la mobilisation d’une quinzaine d’étudiants autour des Jeunes Verts Sciences Po, de Fac Verte, de PAVéS, de Planet D et d’engagements individuels de tous les horizons politiques et syndicaux.
Pourquoi un audit énergétique à Sciences Po ?
Pour anticiper les critiques de ceux que le mot « audit » hérisse, il faut prévenir tout de suite qu’en l’occurrence, la solution proposée n’a rien d’une lubie d’écolo geek (.tk ne signifie pas techno krate). Il s’agit de mettre les mains à la pâte plutôt que dans le cambouis, d’être dans le concret, quitte à avaler quelques couleuvres : on ne roule pas pour l’administration, mais pour la planète. Si la première prend enfin conscience que sa survie dépend de son attention pour la seconde, tant mieux ! Les préoccupations liées au réchauffement climatique, à la raréfaction des ressources énergétiques et au développement durable ne sont pas nouvelles pour notre noble institut. Des étudiants se mobilisent depuis le début des années 2000 déjà sur cette question!
En 2003, un projet collectif en master réunit des étudiants de diverses sensibilités autour d’une idée simple : rendre nos campus écologiquement responsables. Au terme d’un an de collecte de données et de benchmarking sur les bonnes pratiques déjà mises en place dans des universités avec lesquelles notre institut prétend être en concurrence (Yale, Harvard, Princeton, l’Université Libre de Belgique ou HEC), les élèves présentent un rapport à notre directeur Richard Descoings. Enthousiaste, celui-ci tarde pourtant à impulser l’énergie nécessaire à l’élargissement de la politique responsable non seulement à l’urgence sociale (démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur) mais aussi à l’urgence écologique. Pis, en occultant la question des économies d’énergie dans les prises de décisions concrètes, la réflexion restant cantonnée aux questions par ailleurs cruciales du confort et de la sécurité, la direction se prive de ressources financières substantielles, qui auraient peut-être permis de ralentir voire de contenir la hausse des droits de scolarité.
Surpris par cet état de fait, de jeunes Verts décident de mobiliser autour de cette thématique. Ils réactualisent les données et se renseignent sur la possibilité de réaliser des économies d’énergie et mobilisent autour d’eux. Des centaines d’étudiants et des dizaines de professeurs s’associent à leur démarche en signant une pétition. Non dénuée de bon sens ni même de vision de notre développement à long terme, la direction prend toutefois, de manière isolée et sans concertation, des mesures bienvenues. Ainsi de l’institution d’une Chaire de Développement durable pour former les étudiants aux enjeux et risques de demain. Ainsi de la maîtrise de la consommation de papier (des étudiants, pas de l’administration !) et de sa collecte. Ainsi du remplacement progressif des chaudières hors d’usage et des ampoules incandescentes par des ampoules fluo-compactes (et non par des bougies et des chandelles, notez bien). Des occasions perdues sont toutefois regrettables : le désamiantage de nos amphithéâtres, annoncé en catastrophe, n’a pas été mis à profit pour mieux les isoler. L’acquisition et la construction de nouveaux bâtiments n’a pas été réalisée dans un souci de haute qualité environnementale (HQE) et de «passivité énergétique». En Allemagne ou dans le 13e arrondissement de Paris, de l’habitat bien fait permet parfois d’aboutir à une consommation de 15/kW/m2/an!
Dans un autre ordre d’idée, notre contrat de fourniture énergétique n’a jamais fait l’objet d’une démarche d’appel d’offre au mieux disant environnemental. La logique étant celle de la reconduction, non celle de la performance. Lorsqu’on consulte le projet de bilan pour 2007 de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, on découvre avec stupeur que l’institution qui nous rabat les oreilles avec la LOLF sensée insuffler une démarche de pilotage de la dépense publique sur le long terme est elle-même incapable de provisionner correctement et annuellement ses postes de consommation ! D’où les hésitations de la direction qui estimait n’être «pas prête» pour un bilan énergétique quand tout tend à prouver que le besoin en est urgent, et les vertus pédagogiques indéniables.
Les syndicats essayaient bien d’inverser la tendance depuis trois ans. D’abord Sud et l’Unef ont apporté leur soutien à la pétition des Jeunes Verts, sans réussir à en faire une priorité. Puis Fac verte s’est implantée à Sciences Po en association avec InterZaid sur un programme de reconversion écologique de toutes les activités du campus : écocampus.
Qu’est-ce qu’un Bilan Carbone ?
C’est une méthode de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre à partir de données facilement disponibles pour parvenir à une bonne évaluation des émissions directes ou induites par l’activité d’une entreprise, d’une collectivité locale ou… d’une université. La spécificité de cet audit énergétique est d’adopter une approche globale : sont comptabilisées non seulement les émissions liées au chauffage, à l’éclairage, à l’alimentation en eau et en électricité, mais également l’ensemble des émissions induites par la production des machines et matériaux utilisés, les produits consommés, les déplacements effectués par les différents agents dans le cadre de leur participation à cette activité. L’idée est de repérer les principaux postes d’émissions, non seulement de CO2 (le dioxyde de carbone) mais de tous les gaz à effets de serre (méthane…). C’est à une véritable «chasse au gaspi» suivie d’une «course à la rationalisation» de notre consommation, que nous invite cette démarche. Le but est de disposer d’une base de données (quanti) fiables pour ensuite réaliser les arbitrages nécessaires en toute connaissance de cause. Et de coûts : une fois ces informations collectées, la collectivité dispose d’un bilan coût/avantage circonstancié.
Une fois cette première étape réalisée, vient logiquement une injonction à agir : l’estimation réalisée par Sir Nicholas Stern pour l’ensemble de la planète estime à 5500 milliards d’euros le coût de l’inaction en matière de réchauffement global, soit un coût bien supérieur aux dépenses supplémentaires occasionnées par la recherche de sobriété, d’efficacité énergétiques et de sources d’énergies renouvelables (qui sont, dans l’ordre décroissant de priorité, les trois solutions prônées par les scientifiques auteurs du plan Négawatt). L’énergie la moins chère, la moins polluante, la moins dangereuse et la plus renouvelable, c’est celle que l’on ne consomme pas! Le Bilan Carbone (cdc_bilancarbone.doc pour le cahier des charges) est un outil déposé par l’ADEME (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) qui se compose de tableurs et autres utilitaires dont les données sont collectées par un expert avec l’aide de personnes internes à l’entité dont il s’agit de faire le diagnostic.




